Masterclasse : Histoire et littérature – Les îles

Vendredi 11 décembre

Masterclasse dédiée à des classes de 4e du collège Arthur Giovoni, Stiletto et Laetitia, animée par Sandra Alfonsi et Philippe Colombani

Évènement ouvert au public

« Aucun homme n’est une île,
nul être n’est complet en soi,
chacun de nous est fragment de continent. »
John Donne

Les îles sont des objets de désir. La Corse le sait bien, elle qui fut au gré des noms la plus belle, la boisée, la renfermée, la plus proche et la lointaine. Elle fut surtout, comme toutes ses sœurs insu- laires, un rivage à conquérir, un repaire a éradiquer, une étape stratégique dans les nombreuses « routes des îles » que les grandes puissances méditerranéennes ont cherché à tracer, pour voguer d’île en île se nourrir des richesses des territoires lointains. Car dans le jeu des puissances, l’île n’est pas isolée, elle est un connecteur entre plusieurs espaces qu’il faut conquérir pour que les autres ne l’aient pas. On peut alors la transformer, en prison, en plantation, en forteresse, en paradis, en usine ou pourquoi pas en porte-avion, au gré du bon vouloir du conquérant. Mais quid des insulaires ? Figure de l’autre qui regarde lui-même en miroir ces autres que sont le reste du monde au-delà de ses rivages, l’insulaire est un migrant, un Ulysse, un Napoléon, qui peut quitter son île pour conquérir le monde et y faire retour pour y vivre, régner ou mourir. A la fois objet d’histoire, de géopolitique, sujet littéraire ou artistique, notion géographique, l’île est au propre comme au figuré un monde à explorer sous des aspects et des échelles infinies, depuis l’îlot de Robinson à l’île continent de l’Australie ou de l’Antarctique, jusqu’à l’île imaginaire de Peter Pan. Un objet social global, à considérer pour lui-même et dans son lien aux autres, d’une île à l’autre, à l’infini.

Philippe COLOMBANI

« D’une manière générale,
j’aime toutes les îles.
Il est plus facile d’y régner »
Albert Camus, La chute, 1956

« Qu’est-ce qu’une île ? Jamais un « simple » espace naturel n’aura, par essence, autant nourri les imaginaires... A toutes les époques, tous les arts, tous les genres littéraires, de la poésie au ro- man, ont cherché à explorer les multiples dimensions de ces territoires contraints, seuls capables d’évoquer simultanément l’idée d’évasion et celle d’enfermement. Des iles mythologiques aux iles métaphoriques, des îles refuges aux iles prisons, des îles d’utopie aux îles de pouvoir, les terres ceinturées d’eau, réelles, idéales ou fictives, semblent cristalliser l’ensemble des passions humaines, comme si ces univers parfaitement clos en concentraient à la fois la substance, l’ambivalence et les paradoxes. Aujourd’hui, dans un quotidien ultra-connecté, existe t’il encore des îles ? Ou la néces- sité d’une ile ? Comment la littérature, à l’instar des hommes, s’est t’elle emparée des îles au fil de l’histoire et qu’en a t’elle fait ? De quelle(s) façon(s) l’île se vit elle ou se rêve t’elle ? Ne sommes nous pas tous, finalement, des insulaires face au monde ? ».

Sandra ALFONSI « D’une manière générale, j’aime toutes les îles. Il est plus facile d’y régner » Albert Camus, La chute, 1956